Au départ de cette aventure, nous sommes quatre chercheuses qui explorons la question des inégalités sociales de santé, bientôt réunies pour travailler, plus spécifiquement, sur celle des cancers d’origine professionnelle, en collaboration avec un ingénieur chimiste. À cette occasion, deux constats nous alertent particulièrement. Le premier : selon une enquête du ministère du Travail, environ un quart des apprenti-es et stagiaires sont exposé-es à des cancérogènes durant leur formation. Le second : dans le cadre du dispositif de recherche action mis en place par le Giscop93 auprès de salarié-es et retraité-es atteints d’un cancer, nous relevons que la plupart de ces personnes touchées par la maladie ont été exposées à des cancérogènes dès leurs premières années d’apprentissage, durant leur adolescence.
Prévenir ces expositions aux substances chimiques et cancérogènes dès le plus jeune âge nous est alors apparu comme une urgence de santé publique. Si la préservation de la sécurité et de la santé de ces salariés est de la responsabilité des employeurs, il est essentiel que les jeunes travailleurs soient eux-mêmes informés des risques auxquels ils et elles sont exposé-es et des moyens de s’en prémunir, pour éviter les intoxications, les allergies, les problèmes respiratoires, les problèmes liés à la reproduction et les cancers.
Nous avons alors décidé de construire un projet de recherche interventionnelle en direction des apprenti-es en CAP. L’objectif est pour nous d’analyser leurs perceptions des risques au travail et d’expérimenter avec eux, et leurs formatrices et formateurs, des outils pédagogiques dans l’objectif qu’ils prennent conscience de l’existence de risques chimiques dans leurs activités, de leurs effets sur la santé et des moyens de s’en prémunir.
Ce projet a été réalisé avec le soutien de l’Institut National du Cancer, de l’Université Paris Cité (CERLIS), l’Université Sorbonne Paris Nord, l’Iris et le Giscop93. Il s’est déroulé entre 2019 et 2024, au sein de plusieurs CFA situés dans des territoires urbains, périurbains et ruraux de l’Île-de-France, dans les filières de la carrosserie et peinture automobile, de la coiffure et de l’esthétique. Concrètement, nous avons pu observer les apprentis au travail durant leurs cours de pratique, réaliser avec eux et avec leurs formateurs de nombreux entretiens, sans compter tous les échanges informels. À partir de ces premiers constats, nous avons construit et testé avec leurs équipes enseignantes des interventions en classe.
Au terme de ces expérimentations, nous avons réuni à plusieurs reprises durant l’année 2024-2025 un groupe de travail constitué de formatrices et formateurs de pratique, d’enseignantes en Prévention Santé et Environnement, de médecins du travail, de spécialistes de la prévention en formation professionnelle, pour discuter et améliorer les outils proposés, dans une perspective de généralisation et d’adaptation à d’autres filières.
Vous trouverez en libre accès le résultat de ce travail, c’est-à-dire des ressources et des outils pédagogiques.
N’hésitez pas à vous emparer des outils pédagogiques proposés, à les tester à votre tour, à les modifier et à les enrichir, et nous serons ravies d’avoir vos retours : c’est pourquoi nous avons créé un espace collaboratif.
Les ressources pédagogiques ont été conçues, quant à elles, pour vous permettre de vous familiariser avec les risques chimiques et leurs effets sur la santé et pour accompagner les séquences pédagogiques que vous mettrez en place. Elles mettent également à votre disposition des fiches documentaires sur le droit du travail, et des liens pour savoir accompagner ou orienter les jeunes en formation professionnelle sur les questions d’addictions ou de discriminations et violences sexistes ou sexuelles.
Pour en savoir plus sur ce projet :
- • Un article paru dans la revue de l’INRS, Références en santé au travail, n°174, juin 2023 : « Sensibiliser de jeunes apprentis à la prévention des cancérogènes professionnels : l’intérêt du détour par l’allergie »
- Un article paru dans la revue Travailler au futur, n° 10, juin 2022 : « Apprentissage. Prévenir les risques du métier
Pour leur contribution à ce travail, nous remercions :
Les membres du groupe de travail :
Bruno Egéa et Dimitry Florella (formateurs en carrosserie-peinture, CMA formation Bobigny),
Bénédicte Lefebvre (formatrice en Prévention-Santé-Environnement, CMA formation Bobigny)
Sarah Etiève et Mélanie Richomme (formatrices en esthétique, CMA formation du pays de Meaux)
Julien Hachet, chargé de projets enseignement professionnel, INRS
Michel Héry voir avec lui
Quentin Nocturne ??
Djouhra Slimani, médecin du travail, référente risques chimiques, AMET-Santé au travail
Les institutions qui ont soutenu et rendu possible la construction de ce kit : les CMA,lister
De l’INRS : Michel Héry, Olivier Macaire, Magali Balandraux, Julien Hachet
Tous les professionnels des CFA qui nous ont fait confiance, celles et ceux qui ont bien voulu nous accueillir dans leur classe et qui ont soutenu la réalisation du projet.
Tous les apprentis qui ont voulu nous accorder des entretiens et participé aux interventions pédagogiques.
Tous les témoins anciens salariés atteints des maladies professionnels et associations de victimes qui nous ont soutenu dans la construction d’une partie des outils disponibles dans ce kit.